Lorsqu’un héritage vient de l’étranger, la déclaration ne dépend pas seulement du pays où se trouvait le défunt. Le domicile fiscal du défunt, celui de l’héritier et la localisation des biens déterminent ensemble si la succession doit être déclarée en France et sur quelle base elle sera taxée. Le sujet paraît technique, mais les règles deviennent plus lisibles dès que l’on distingue les cas de figure.
À retenir :
Nous vous recommandons de déterminer rapidement le rattachement fiscal du défunt et de l’héritier pour clarifier l’assiette imposable et éviter les oublis.
- Identifiez le domicile fiscal du défunt et la localisation des actifs : si le défunt était domicilié en France, tous les biens peuvent être imposés en France.
- Vérifiez si l’héritier a été résident fiscal français au moins 6 ans sur 10, condition qui peut étendre la taxation aux biens situés hors de France.
- Déclarez immédiatement tout bien situé en France et respectez les délais (décès en France : 6 mois, décès à l’étranger : 12 mois) ; utilisez les formulaires 2705 ou 2705-S selon la situation.
- Conservez les justificatifs de valeur, de parenté et des impôts payés à l’étranger pour permettre l’imputation ou la preuve d’exonération, et sollicitez le service compétent en cas de doute.
À qui s’appliquent les obligations de déclaration d’un héritage venant de l’étranger ?
Une succession internationale existe dès lors qu’un héritage implique au moins deux pays, par exemple parce que le défunt vivait en France, que l’héritier réside à l’étranger ou que les biens transmis sont répartis dans plusieurs États. Dans ce contexte, la déclaration de succession reste due à l’administration fiscale française dès qu’une transmission entre dans le champ de la fiscalité française, même si l’origine des biens est étrangère.
La logique de base est simple : ce n’est pas l’origine géographique des biens qui décide seule, mais leur rattachement fiscal. En pratique, il faut regarder le dernier domicile fiscal du défunt, le lieu de résidence fiscale de l’héritier, et le pays où se situent les actifs transmis, qu’il s’agisse d’un compte bancaire, d’un immeuble, de valeurs mobilières ou d’un bien professionnel.
Le rôle du domicile fiscal du défunt
Si le défunt avait son domicile fiscal en France, la succession est en principe imposée en France sur l’ensemble des biens transmis. Cela vaut pour les biens situés en France comme pour ceux situés à l’étranger. Autrement dit, un appartement à Paris, un compte en Allemagne ou un portefeuille de titres en Espagne peuvent tous entrer dans la déclaration française.
À l’inverse, si le défunt n’était pas domicilié fiscalement en France, la France ne taxe en principe que les biens situés sur son territoire. Cette règle change toutefois lorsque l’héritier remplit certaines conditions de résidence fiscale en France, ce qui peut élargir la portée de l’imposition à des biens situés hors de France.
Le rôle du domicile fiscal de l’héritier
Le domicile fiscal de l’héritier peut, à lui seul, modifier l’étendue des biens imposables. Si l’héritier a été résident fiscal français pendant au moins 6 ans au cours des 10 années précédant la succession, la règle française peut s’appliquer à l’ensemble des biens reçus, qu’ils soient situés en France ou à l’étranger.
Cette disposition vise à éviter qu’une transmission échappe à l’impôt français alors même que l’héritier présente un lien fiscal fort avec la France. Elle concerne aussi bien les héritiers français que certains héritiers étrangers qui ont été fiscalement domiciliés en France sur la période de référence.
Le cas des biens hérités de l’étranger à déclarer en France
Même lorsque tous les héritiers résident hors de France, une déclaration française peut rester nécessaire si la succession comprend des biens situés en France. Un immeuble en France, une assurance-vie logée selon des règles fiscales françaises ou encore certains avoirs financiers localisés dans l’hexagone peuvent déclencher l’obligation déclarative.
Il faut donc éviter de raisonner uniquement à partir du pays de résidence des héritiers. La présence d’un actif français suffit souvent à justifier une déclaration en France, surtout lorsque le défunt ou l’un des héritiers a un lien fiscal avec le territoire français.
Le tableau ci-dessous résume les principaux cas de figure.
| Situation | Biens à déclarer en France | Logique fiscale |
|---|---|---|
| Défunt domicilié fiscalement en France | Tous les biens, en France et à l’étranger | Imposition française sur l’ensemble de la succession |
| Défunt non domicilié en France, héritier non-résident depuis moins de 6 ans sur 10 | Uniquement les biens situés en France | Territorialité limitée aux actifs français |
| Défunt non domicilié en France, héritier résident fiscal français depuis au moins 6 ans sur 10 | Biens français et étrangers | Extension de l’assiette imposable par le lien fiscal de l’héritier |
Délais et formalités administratives pour déclarer un héritage étranger
La déclaration de succession obéit à des délais précis. Le délai dépend du lieu du décès, et non du pays de résidence de l’héritier. Si le décès a eu lieu en France métropolitaine, la déclaration doit être déposée dans les 6 mois. Si le décès a eu lieu à l’étranger, le délai passe à 12 mois.
Le dossier doit être adressé au service des impôts des particuliers non résidents. Ce point est important pour les successions internationales, car ce service traite les situations présentant un élément d’extranéité. Le dépôt doit en outre être accompagné du paiement des droits éventuellement dus.
Les pièces à préparer pour un dossier complet
Un dossier solide commence par un inventaire précis des biens transmis. Il faut indiquer la liste complète des actifs et, le cas échéant, des passifs, avec une estimation de leur valeur au jour du décès. Cette évaluation doit être cohérente et documentée, car elle sert de base à la détermination des droits de succession.
Il faut aussi joindre les justificatifs établissant le lien de parenté avec le défunt, ainsi que les documents permettant de prouver la localisation des biens. Lorsque des impôts ont déjà été payés à l’étranger, il est également nécessaire de fournir les justificatifs correspondants afin de permettre, selon les cas, l’imputation ou la prise en compte du paiement étranger. Il peut être utile de consulter un notaire pour rechercher les héritiers.
Formulaires et dépôt de la déclaration
Pour une succession internationale, le formulaire de base est le 2705. Dans certaines situations de non-résidence, le formulaire 2705-S peut aussi être requis. Le choix du bon imprimé dépend de la configuration de la succession et du lieu de résidence des parties concernées.

Le dépôt doit être réalisé dans les délais légaux avec l’ensemble des pièces justificatives. En cas de doute sur la marche à suivre, il est possible de solliciter le service compétent au +33 (0)1 72 95 20 42. Ce contact peut aider à orienter le déclarant sur les formalités de base, sans remplacer l’analyse du dossier.
Pour mieux visualiser les étapes, voici un rappel synthétique.
- Identifier le domicile fiscal du défunt.
- Vérifier la résidence fiscale de l’héritier sur les 10 dernières années.
- Classer les biens selon leur localisation, en France ou à l’étranger.
- Réunir les justificatifs de valeur, de parenté et d’impôts étrangers payés.
- Déposer la déclaration dans le délai applicable avec le paiement correspondant.
Régime fiscal applicable en cas d’héritage venant de l’étranger
La fiscalité successorale française s’applique sous réserve des conventions fiscales internationales conclues entre la France et l’État concerné. Ces conventions visent à éviter les doubles impositions ou, à défaut, à en limiter les effets. Elles sont donc déterminantes dès qu’un bien ou un héritier est rattaché à plusieurs pays.
Lorsqu’une convention permet une taxation dans les deux États, l’impôt payé à l’étranger sur les mêmes biens peut, dans certains cas, être imputé sur l’impôt français. Le mécanisme de crédit d’impôt permet alors de réduire la charge fiscale globale, sans pour autant faire disparaître l’obligation déclarative en France.
Absence de convention et application de l’article 784 A du CGI
En l’absence de convention fiscale successorale, la règle interne prévue par l’article 784 A du CGI peut trouver à s’appliquer. Selon les sources professionnelles consultées, si l’héritier est français et a résidé fiscalement en France au moins 6 ans au cours des 10 années précédant la transmission, les biens reçus peuvent être imposés en France, y compris ceux situés hors de France.
Cette règle montre l’importance du lien personnel avec la France. Elle ne se limite pas aux actifs localisés sur le territoire national et peut donc élargir considérablement l’assiette imposable. D’où la nécessité de vérifier à la fois la situation du défunt, celle de l’héritier et l’existence éventuelle d’une convention applicable.
Pourquoi la localisation des biens compte autant
La distinction entre biens situés en France et biens situés à l’étranger n’a rien d’anecdotique. Elle influence directement l’assiette taxable, le formulaire à utiliser et parfois même le pays qui dispose du droit d’imposer. Un compte bancaire en France ne se traite pas comme un bien immobilier à Lisbonne ou des titres détenus au Royaume-Uni.
Pour éviter les erreurs, il faut donc dresser un inventaire séparé par pays et par catégorie d’actifs. Cette méthode permet de repérer les biens français, les biens étrangers, les éventuels biens mixtes et les dettes déductibles, puis de vérifier ensuite quelles masses entrent effectivement dans la fiscalité française.
Exemples concrets et points de vigilance
Les successions internationales deviennent plus faciles à comprendre lorsqu’on les replace dans des cas réels. Les configurations les plus courantes tiennent à la résidence du défunt et à celle de l’héritier, avec des conséquences différentes sur l’obligation de déclarer et sur les biens taxables.
Dans tous les cas, même un héritier vivant à l’étranger peut avoir une déclaration à déposer en France si les règles de territorialité le prévoient. Le lieu de vie de l’héritier ne suffit donc jamais à lui seul pour exclure toute formalité française.
Trois situations typiques à retenir
Lorsque le défunt était domicilié fiscalement en France, tous les biens de la succession entrent en principe dans la déclaration française, y compris ceux situés à l’étranger. C’est le cas le plus large, car le lien fiscal du défunt avec la France entraîne une taxation étendue.
Lorsque le défunt était domicilié hors de France et que l’héritier n’est pas résident fiscal français depuis au moins 6 ans sur les 10 dernières années, seuls les biens situés en France sont en principe taxables en France. Enfin, si le défunt était hors de France mais que l’héritier remplit la condition de résidence fiscale française sur la période de référence, la France peut imposer les biens reçus dans leur globalité.
Erreurs fréquentes à éviter
La première erreur consiste à oublier un bien situé en France, souvent parce qu’il a été ouvert ou détenu à l’étranger mais qu’il demeure fiscalement rattaché au territoire français. Une autre erreur courante est de confondre le lieu du décès avec la résidence fiscale du défunt, alors que ces deux éléments n’ont pas le même effet sur les délais ni sur la taxation.
Il faut aussi vérifier l’existence d’une convention fiscale avec le pays concerné. Ne pas tenir compte d’une convention peut fausser le calcul des droits, tout comme l’absence de justificatifs sur les impôts déjà acquittés à l’étranger. Enfin, un inventaire incomplet des biens et des dettes peut conduire à une déclaration mal structurée, donc fragile en cas de contrôle.
Pour sécuriser la déclaration, il est préférable de séparer dès le départ les actifs français et étrangers, de conserver les preuves de valeur au jour du décès et de joindre tous les justificatifs de parenté et de fiscalité étrangère. Une démarche rigoureuse limite les retards et réduit le risque d’erreur sur l’assiette imposable.
En matière d’héritage venu de l’étranger, la bonne lecture des critères fiscaux et des délais permet d’éviter les oublis et de déposer une déclaration cohérente avec la situation réelle de la succession.
